Très souvent, on me dit que je ne connais pas le véritable boulot d'enseignante, étant donné que je donne cours à des adultes. C'est peut-être vrai. Je ne rencontre pas de problème de "je m'enfoutisme" de la part de mes élèves, ni de réels problèmes d'autorité. Mes élèves ont fait le choix de suivre ces cours,, il n'y a pas d'obligation, ils sont adultes et n'en sont donc plus au stade du "je teste l'autorité qui est en face de moi", je ne rencontre donc pas les mêmes difficultés que mes collègues face à leurs ados. Et pourtant...
Plusieurs soirs par semaine, je me retrouve face à une classe d'une bonne trentaine d'adultes aux comportements parfois plus que puérils et j'avoue que ma patience est parfois mise à rude épreuve.
Ces personnes n'ont jamais été scolarisées auparavant. Elles ne connaissent donc pas les règles de base qui existent au sein d'une école et plus particulièrement dans une classe. Cela fait donc aussi partiellement partie de mon travail de leur apprendre cette vie en collectivité durant ces quelques heures de cours. Je leur rappelle donc régulièrement que l'on coupe son portable durant le cours (à moins d'attendre un appel urgent, dans quel cas, il suffit de me le dire au début du cours), que l'on ne répond donc pas aux appels si le portable n'a pas été coupé par oubli, que l'on ne crie pas les réponses à tort et à travers (surtout quand on est nombreux), même si c'est de la bonne volonté, que l'on écoute les autres lorsqu'ils font un exercice et qu'on n'en profite pas pour papoter de la pluie et du beau temps avec son voisin (on apprend à respecter chacun son temps et son tour de parole), que l'on écoute mes explications et les consignes que je donne dès le début afin que je ne doive pas me répéter 10 ou 20, que l'on ne mange pas pendant le cours, il y a une pause faite pour cela, que l'on attend la fin de ma phrase si on a une question sur la matière que l'on voit, etc, etc. La plupart du temps, cela se déroule assez bien. Bon, je me répète très souvent (et même plus que ça!;o)), mais ils sont coopératifs et volontaires, je n'ai pas trop à me plaindre en général. La plupart du temps en tout cas...
Cette semaine pourtant, ils m'ont donné du fil à retordre. Une de mes élèves plus particulièrement. Je connais déjà cette dame, je l'ai déjà eue dans ma classe il y a quelques années. Je sais que c'est une forte tête et qu'elle a causé pas mal de problèmes dans les classes de certains de mes collègues. Depuis quelques cours, elle se permet de commenter tout ce que je dis, tout ce que je fais, tout ce que j'enseigne. J'essaie toujours posément, gentiment et calmement de lui dire de ne pas penser à voix haute. Parfois, ça passe comme une lettre à la poste. Parfois, ça coince et pas qu'un peu... La semaine dernière, elle ne s'est pas gênée pour critiquer la matière que je donne (matière qui, cela dit en passant, est au programme...). Je ne m'énerve pas le moins du monde, je lui explique la raison d'être de cette matière. Ca passe plus ou moins. Après mes explications sur la matière, arrive la pratique, c'est-à-dire, les exercices. Je lui demande de faire un exercice. Elle n'y parvient pas. Prise à son propre piège (elle trouvait la matière inutile), je sens qu'elle s'énerve. Je la laisse tranquille. Il n'y a pas de raison que je cherche la bagarre. La semaine passe sans heurts.
Un soir de cette semaine, mes élèves sont énervés. Ils bavardent, discutent, jouent avec leur portable. Je leur demande une première fois de se taire. Sans effet. Je leur demande une deuxième fois. Toujours sans effet. Entre-temps, deux portables sonnent. Je leur fais comprendre que je ne suis pas d'accord avec leur comportement. Le brouhaha persiste et augmente même. Je me tais et je m'assieds (chose que je ne fais jamais). J'attends le silence. Une fois celui-ci revenu (ça marche apparemment, pas besoin d'élever le son de la voix), je leur explique la raison de mon mécontentement. Et là, sans crier gare, Madame se lève et proteste. Je lui demande calmement de se rasseoir, ce qu'elle ne fait pas bien évidemment. Elle s'énerve de plus bel et me répond de façon grossière et impolie. Je suis sur le cul... La cloche sonne, tout le monde s'en va et je n'ai pas terminé ce que j'avais à dire. Je me sens comme une cocotte-minute prête à exploser, je suis en colère, je suis en rage même! J'en parle à plusieurs collègues. Comment réagir face à un tel comportement? Je ne peux pas la sanctionner comme je pourrais le faire si c'était une enfant ou une ado. Je me calme comme je peux. J'ai, en plus, eu une journée éprouvante émotionnellement à la prison. Je rentre chez moi, je sens que ça ne va pas, je laisse échapper quelques larmes. Après cela, je me sens mieux, j'ai évacué mon stress. Je vais me coucher avec la ferme intention de lui parler seule à seule le lendemain avant le cours, afin de ne pas laisser la situation s'envenimer et de mettre les choses au clair.
Le lendemain soir, après en avoir touché un mot à la direction (histoire que si elle va se plaindre, ça ne me retombe pas dessus), je fais finalement le choix de ne pas la voir en tête à tête. Je connais ce genre de personne, je la connais, elle, si on en parle face à face, cela risque de tourner en conflit personnel, ce que je ne veux pas bien évidemment. Je laisse la classe s'installer et avant de débuter le cours, je refais une mise au point claire et nette à toute la classe. Je suis très calme, je suis polie mais je suis ferme. Le professeur, c'est moi dans la classe. C'est donc moi qui décide des règles. Si jamais quelqu'un n'est pas content ou veut dire quelque chose, c'est maintenant ou jamais. Je leur donne l'occasion de s'exprimer sur ce qui ne va pas. Mais apparemment, tous me disent que tout va bien, qu'ils m'aiment bien et n'ont rien à me reprocher. Madame ne dit rien. Bon, comme personne ne dit rien, je reprends le cours et leur fais comprendre que l'occasion de parler est passée et que maintenant, il est trop tard. Si ma façon de donner cours ne plaît pas, rien ne les oblige à venir. Madame tourne du nez. Elle a compris que par cette mise au point, c'est surtout à elle que je m'adresse. Je ne l'ai pas entendue durant tout le reste du cours. Et ce soir, Madame n'est pas venue au cours...